IESCHOUA

Deux images du salut Accueil | Nous contacter

Accueil
Haut
Mission
Vie de Jesus
Parcours
Evangile St Luc
Evangile St Matthieu
Evangile St Jean
Evangile St Marc
Croisiere
Nourriture du coeur
Forum  Prieres
Témoignages
Chants
Prieres & Reflections
La passion
Suggestions
Liens
Forum discusions

Deux images du salut: les noces de Cana et la purification du Temple

(Les marchands chassés du Temple) (Jn 2)

Par Anselm Grün

Après la vocation des premiers disciples, Jean illustre en deux images la signification du mystère de l’incarnation, de la mort et de la résurrection de Jésus; ces deux images annoncent l’essentiel de ce qui suivra.

Le récit des noces de Cana ne nous apprend pas seulement que Jésus assistait volontiers aux mariages et participait aux festivités humaines. Tout ce qui est ici rapporté présente surtout un sens symbolique, et cela dès le préambule : « Le troisième, une noce avait lieu à Cana de Galilée, la mère de Jésus y était» (2,1). Depuis l'entrée en scène du Baptiste, Jean a commencé trois fois un paragraphe par la formule: « Le jour suivant» (1,29,35,43). Le troisième jour, après les quatre jours relatés jusqu'ici par Jean, est donc le sabbat, terme et couronnement de la Création. Les noces de Cana décrivent le mystère de Dieu fait homme en Jésus Christ. En lui, I'homme est restitué dans l'état qui lui était destiné à l’origine, lors de la Création. Le troisième jour évoque également le jour de la Résurrection, qui métamorphose notre vie et la remplit du vin de Dieu. En Jésus, Dieu célèbre ses noces avec l'humanité. De même que s'unissent l'homme et la femme, I'homme ne fait plus qu'un avec Dieu par l'incarnation et la résur­rection de Jésus.

Le vin vient à manquer à ces gens qui veulent célébrer une noce; c'est donc l'échec. Ils n'ont plus l'amour, ils sont devenus incapables d'aimer: telle est la misère de l'homme. Ce qui importe avant tout à Jean, ce n'est pas la rédemption du péché, c'est la délivrance de cette incapacité d'aimer. Il n'y a là que six jarres de pierre; six, c'est toujours le nombre de l'imperfection. La vie humaine est imparfaite: travail, peines, tourments; de plus elle est figée, comme le symbolisent les six jarres de pierre. L'eau qu'elles contiennent est destinée aux purifications; or la véritable purification ne s'accomplit pas selon les rites anciens, mais dans et par la personne de Jésus fait homme, en qui Dieu a purifié l'humanité et a rétabli sa beauté originelle.

La mère de Jésus est elle aussi présente à la noce. Dans l'Évangile de Jean, elle ne remplit une fonction importante qu'ici, au début de l'action de Jésus, et à la fin, au pied de la croix. La profondeur du symbolisme apparaît à nouveau là: c'est Marie qui provoque le miracle de la transformation; en mettant son fils au monde, elle a rendu possible celui de l'Incarnation; elle est la porte par où passe Jésus pour aller vers les hommes, c'est elle qui l'introduit dans leur monde. Elle est la première à constater que le vin fait défaut et à le signaler à Jésus. On pourrait voir ici aussi en Marie l'image de l'anima; l'anima, cette composante fémi­nine en nous, sent ce qui nous fait défaut, et son intui­tion déclenche tout processus de transformation. Jésus semble s'adresser à sa mère avec beaucoup de recul: « Femme, ne te mêle pas, dit Jésus. Mon heure n'est pas encore venue » (2,4). Jean n'évoque pas ici le rapport personnel de Jésus à sa mère mais plutôt sa réticence envers le miracle qu'il va accomplir. Son heure n'est pas encore venue, celle de son apparition en majesté sur la croix et dans la résurrection. Quand son heure sera venue, alors seulement il dispensera le vin à pro­fusion. II est lui-même le vin qui réjouit le coeur des hommes. A l'heure de sa mort, il ouvrira son coeur pour nous, et nous pourrons boire le vin qui en coule à flots, le vrai vin qu'est l'amour de Dieu. Au demeurant, Marie ne comprend pas la réponse de Jésus comme un refus; elle croit en son fils, en son amour qui a le pouvoir de métamorphoser, et cela avant même le signe qu'il va en donner en changeant l'eau en vin. Les dis­ciples, eux, ne croient qu'après I'accomplissement du miracle (2,11).

Dans cette histoire, les Pères de l'Église se sont toujours attardés sur l'opposition entre les six jarres pleines d'eau et l'abondance du vin. Les jarres de pierre symbolisent la sclérose d'une piété réduite à l'observation rigoriste de la Loi; le vin, lui, rappelle la joie vivante que l'Évangile verse dans les coeurs. En se faisant homme, Jésus a donné à notre vie un goût nouveau. Avec de l'eau, on ne peut célébrer aucune fête; l'enchantement de la fête exige le vin. II y a là six jarres; elles renvoient à la septième, celle qui s'ouvrira sous la croix quand un soldat percera le flanc de Jésus, d'  couleront du sang et de l'eau: image de l'amour de Dieu fait homme.

Hautement symbolique est aussi la remarque concernant le « maître de cérémonie » et du vin: «II n'en sait pas la provenance alors que les serveurs qui ont puisé l'eau savent» (2,9). Cette question de la «provenance» est caractéristique de l’Évangile de Jean; c'est, en fait, celle de l'origine de Jésus et de l'homme en général. Qui sait que Jésus procède du Père comprend le récit du miracle du vin, et l'Évangile tout entier. Les « serveurs » qui savent d' vient le vin représentent les lecteurs qui ont appris dès le Prologue d' où ce Jésus est venu. Mais la question concerne aussi le lecteur. D' vient l'homme ? C'est l'interrogation centrale de la gnose. Nous venons de Dieu, en lui se trouve notre fondement véritable.

Le commentaire du maître du repas est important: «Toi, tu gardes le bon vin pour la fin» (2,10). Avec Jésus, le temps est venu du vin en abondance, de la célébration des noces avec Dieu; ces mots doivent faire comprendre au lecteur ce qui a fait irruption dans ce monde avec Jésus, ce goût nouveau et merveilleux que prend notre vie. Ce miracle du vin, Jean l'appelle le premier « signe »; il en relatera sept. Ici, les miracles opérés par Jésus ne sont pas, comme dans les Évangiles synoptiques, des dynameis, des actes de puissance, mais des sèmeia, des signes de la gloire de Dieu resplendissant en Jésus, et des signes du début de l’ère messianique du salut. On y voit déjà rayonner ce qui ne deviendra visible pour tous que dans la glorification de Jésus sur la croix et dans sa résurrection.

Les spécialistes de la Bible se sont interrogés sur l’origine de ce motif des noces décrivant l'incarnation de Dieu en l'homme Jésus. Dans les textes apocalyptiques juifs, on trouve l'image d'un temps final où le vin coulera en abondance; le temps du salut est celui de la fête éternelle. Avec Jésus, ce temps du salut a pleinement commencé. Bultmann établit un parallèle avec le culte de Dionysos. La veille de la fête de Dionysos, dans la nuit du 5 au 6 janvier, on plaçait dans le temple d'Elis trois jarres vides que l’on retrouvait au matin pleines de vin. II est douteux que Jean se réfère à la légende de Dionysos, mais l'Église primitive a opéré ce rapprochement. Le 6 janvier, les Grecs célébraient la fête de l'Épiphanie, l'apparition de Dieu, en lisant le récit évangélique des noces de Cana. En ses débuts, l'Église voyait en Jésus l'accomplissement de l'aspiration dionysiaque à l'extase, à l'ivresse, à la métamor­phose. Jésus n'est pas un ascète, comme Jean, prêchant l'abstinence; il apporte la plénitude d'une vie riche d'un goût nouveau. Dionysos était aussi le dieu de l'amour et de la sexualité. Ce que les hommes attendent de la sexualité et de l'amour, Jésus l'accomplit : en lui l'amour de Dieu est devenu visible, tangible, on peut le boire, son goût donne l'ivresse. Jésus n'est pas l'opposé de Dionysos comme l'a pensé Nietzsche, mais plutôt son accomplissement, celui de l'aspiration à l'extase. C'est avec raison que Holderlin a tenté de rapprocher les deux figures, l’aspiration à l'amour extatique et la recherche de la contemplation dans laquelle la gloire et l'amour de Dieu emplissent le coeur de l’homme.

Une deuxième image précède l'action de Jésus et en donne le sens: celle des marchands chassés du Temple. Les synoptiques situent cette scène peu avant la Passion ; ce faisant, ils rapportent assurément les faits historiques avec plus d'exactitude. Si Jean place son récit au début de l’action de Jésus, c'est pour nous donner une clé de compréhension de tout ce qui va suivre. Si les noces de Cana représentent l’incarnation de Dieu, l’image des marchands chassés du Temple illustre la mort et la résurrection de Jésus. On le voit dès les premiers mots: « La Pâque juive approchant, Jésus monte à Jérusalem » (2,13). Dans la purification du Temple, Jésus donne un signe lumineux montrant ce qu'est la vraie Pâque. La fête de la Pâque évoque déjà la mort de Jésus: alors sera sacrifié le véritable Agneau pascal.

Autre motif de cet épisode : la purification. Par la mort de Jésus, c'est le temple du corps humain qui est purifié. Ce corps s'était dégradé, devenu un marché rempli du vacarme des marchands et voué au commerce du bétail. Ce sont là des images: bien souvent nous sommes sous l'empire du bruit de nos pensées, de la question de notre valeur sur le marché de la vie publique. Il y a en nous des bestiaux, images de la vitalité et de la sexualité qui nous dominent ; des moutons, figures de l'esclavage nous vivons. Il y a aussi des colombes, telles des pensées dont le vol agité ne nous laisse jamais en repos. Tout cela, Jésus le chasse hors du Temple. Jean renvoie à la mort de Jésus et à sa résurrection : elles accompliront ce que Jésus préfigure dans ce « signe ». Par son amour, notre corps est rétabli dans son état originel et nous redevenons vraiment les temples de Dieu ; par sa mort, Jésus nous purifie de tout ce qui s'était installé en nous: la faute, l'animalité, l'avidité, la manie de nous comparer aux autres. Cette mort, dans laquelle l'amour divin rayonne et pénètre nos corps, nous libère de tout ce chaos intérieur.

Être un marché ou un temple de Dieu: telle est l'alternative. Les deux images renvoient à deux expériences que l’homme peut faire de lui-même. Celle du marché évoque le bruit et les vains efforts pour maîtriser notre chaos intérieur; sa halle est un espace resserré toutes choses sont emprisonnées. Image des êtres crispés sur eux-mêmes pour éviter d'être déchirés par leur désordre intérieur. Le Temple de Dieu, lui, est vaste. Quand je médite sur moi-même, pensant à l'image du Temple, j'éprouve ma dignité, ma beauté; je sais que Dieu réside en moi et que sa gloire rayonne de mon corps. Jésus désire nous faire accéder à cette autre expérience de notre condition d'hommes, par son incarnation donnant à notre vie la saveur du vin, et par sa mort nous purifiant de tout ce qui nous souillait. De même qu'en Jésus est apparu le véritable temple de Dieu, sa résurrection fait de quiconque croit en lui un temple où demeure la gloire de Dieu. L’histoire de la purification du Temple est une image qui guérit; quand je l’accueille en moi, j'expérimente le salut venu par Jésus Christ.


Pour nous contacter :

E-Mail : luc@ieschoua.org

Modifié le  14-02-2012.